Rien de vraiment original de dire et d’écrire que toute la « Grand’ Maisonnée » est strictement confinée. Pourtant il s’y passe bien des choses que nous voulons partager avec vous alors que nous entrons dans le Triduum pascal.
Depuis le 15 mars la chapelle est fermée au public- et à ce « public » appartiennent les résidents de l’EHPAD dont nos sœurs. Pour elles donc pas de possibilité de se rendre à la chapelle qui ne fait pas partie des locaux de l’EHPAD. Le futur oratoire de l’EHPAD n’étant pas terminé, nos sœurs n’ont que leur chambre comme lieu de prière. Aussi leur a-t-on affiché un mini-poster portant une pensée de Frère Laurent de la Résurrection :
« Il n’est pas nécessaire d’être toujours à l’église pour être toujours avec Dieu, nous pouvons faire de notre cœur un oratoire dans lequel nous nous retirons de temps en temps pour nous y entretenir avec lui doucement, humblement et amoureusement. Tout le monde est capable de ces entretiens familiers avec Dieu, les uns plus, les autres moins, il sait ce que nous pouvons. Commençons, peut-être n’attend-t-il de nous qu’une généreuse résolution. Frère Laurent de la Résurrection, ocd 1614-1691).
Les effets du confinement ont été progressifs à l’EHPAD : d’abord pas de visite de l’extérieur, puis des mesures plus strictes quant au personnel, remarquable de régularité et de générosité à toutes épreuves ; une présence quasi permanente de la directrice qui assure à la fois accueil, secrétariat et direction. Et le mardi 31 mars il a fallu se mettre aux normes exigées par l’ARS et la Fondation « Partage et Vie ». Cette fois tous les repas étaient servis en chambre. Ce n’est pas le plus simple, à enregistrer d’abord, puis à exécuter. Un jour l’une s’en souvient, l’autre non et le lendemain c’est l’inverse.
Le beau temps ensoleillé qui règne depuis plusieurs jours donne envie d’air frais mais là aussi l faut se freiner sinon s’abstenir. Une ou plusieurs visites de Jeanne sont autorisées ce qui permet de suivre et d’accompagner l’évolution de chacune. A l’occasion une petite gâterie, un texte de méditation, les nouvelles de la Congrégation sont distribuées et lues. Tout cela maintient le contact. Et puis il y a les appels téléphoniques dont Marie-Agnès Marthe et Marie-Gabrielle usent volontiers pour garder contact avec nos sœurs de l’EHPAD ; les familles et les amis prennent des nouvelles des unes et des autres, toutes se maintiennent au mieux et nous espérons que le virus n’entrera jamais dans la maison.
Le groupe des quatre est aussi bien confiné mais avec le privilège de l’espace jardin et du travail habituel dans la maison ; Marie-Gabrielle assure les courses et n’exagère pas les sorties. Marie-Agnès ne quitte pas la Grand’Maison ; sagement elle se tient informée de ce que le coronavirus fait ou ne fait pas dans le monde et donne beaucoup de temps à la prière. Quant à Marthe elle passe une grande partie de ses journées au jardin, où elle se ressource en binant et sarclant à qui mieux mieux.
Notre vie de prière communautaire passe beaucoup par l’écoute de RCF et la participation aux offices télévisés. Ainsi le soir nous sommes réunies toutes les quatre pour Vêpres et messe retransmises depuis St Germain l’Auxerrois. Ce soir il en sera de même pour la célébration de la Cène que nous prolongerons par un temps communautaire d’adoration à la chapelle devant le Saint Sacrement exposé … reposoir habituel du soir du Jeudi saint.
Tous ces jours de confinement, qui vont se prolonger par d’autres semblables sont bien exceptionnels. Notre vie sacramentelle s’est comme arrêtée, mais notre vie spirituelle demeure et s’approfondit face à la réalité des événements. Que serons-nous au sortir de cette crise sans précédent ? Nul ne le sait. Quelque chose s’est arrêté sous le coup de la menace d’un virus. Notre monde n’arrivait pas, n’était sans doute pas prêt à bouger. Osons croire et espérer que le temps de confinement nous aura fait ressentir une invitation à aller plus loin, à déposer nos bagages devenus trop lourds, trop encombrants et à repartir autrement. Dans cette ligne, le choix de notre communauté de lire chaque soir de Carême un article de « Laudato Si » s’est avéré d’actualité.
Que la grâce de Pâques qui nous invite à la vie nouvelle soit dans nos cœurs et sur nos visages.

15/04/2020