
Le 15 novembre, dans le cadre du Colloque de Paray-le-Monial, le professeur Miguel Ángel Dionisio Vivas (Université Rey Juan Carlos, Madrid) a présenté une conférence intitulée « L’aboutissement de l’activité d’intronisation du Père Mateo Crawley-Boevey : la consécration solennelle des nations au Sacré-Cœur de Jésus, illustrée par l’exemple de l’Espagne. »
Son intervention a apporté un éclairage historique et spirituel sur l’un des moments les plus marquants de l’apostolat du Père Mateo ss.cc. : la consécration de l’Espagne au Sacré-Cœur de Jésus en 1919.
Un apôtre qui a embrasé les cœurs
Tout au long de son exposé, le professeur Dionisio a rappelé l’extraordinaire expansion de l’apostolat de l’intronisation du Sacré-Cœur, né au Chili et porté par le Père Mateo à travers l’Amérique latine, l’Europe et bien au-delà.
Dans une époque agitée, marquée par les guerres et la déchristianisation, ce prêtre des Sacrés Cœurs proposa une démarche profondément évangélique : introniser le Cœur du Christ dans les foyers, faire de chaque famille une petite église où règnent la paix, la charité et la présence de Dieu.
« Le Père Mateo comprit que le cœur de la société devait se régénérer à partir du cœur du foyer », souligna le conférencier. Cette intuition simple et prophétique donna naissance à un mouvement spirituel qui marquera le XXe siècle : l’intronisation du Sacré-Cœur de Jésus et du Cœur Immaculé de Marie comme sources de renouveau personnel et familial.
Des foyers au cœur des nations
Le professeur Dionisio montra comment cette spiritualité domestique conduisit naturellement à la consécration publique des peuples et des nations au Cœur du Christ.
L’Espagne en devint l’exemple emblématique. Le 30 mai 1919, au Cerro de los Ángeles, près de Madrid, le roi Alphonse XIII présida la consécration solennelle de la nation espagnole au Sacré-Cœur de Jésus, lors d’un grand rassemblement symbolisant le désir d’un peuple de se placer sous le règne de l’Amour.
Ce jour-là — rappela le conférencier — le Père Mateo joua un rôle essentiel, prêchant le triduum préparatoire à l’église San Jerónimo el Real et animant les fidèles avec son ardeur caractéristique. Ses paroles sur le « règne intime du Cœur de Jésus dans les âmes », le « règne social dans les familles » et le « règne national dans les institutions » donnèrent toute sa profondeur spirituelle à cette consécration.
Une dévotion incarnée dans l’histoire
L’intervention montra aussi que l’élan missionnaire du Père Mateo ne se limitait pas à promouvoir des actes de piété, mais visait une transformation du monde par l’amour du Christ.
Pour lui, l’intronisation n’était pas une pratique dévote, mais « un chemin de sainteté quotidienne », une manière concrète de vivre la présence de Jésus au sein de la famille et de la société.
Le professeur Dionisio rappela que cette spiritualité, née au sein de la Congrégation des Sacrés Cœurs, était marquée par la réparation et l’adoration eucharistique. Le Père Mateo voyait dans l’Eucharistie la source et le centre de toute consécration, invitant chacun à vivre en union constante avec le Seigneur : « Un Jésus vivant dans le foyer, avec qui on partage toute la vie de famille. »
Son œuvre donna naissance à des associations, des manuels de prière et des groupes d’adoration présents sur les cinq continents. « Aucune nation, déclara-t-il, n’avait connu une telle apothéose que l’Espagne en 1919 : le Père Mateo y voyait l’accomplissement de la promesse du Christ : Je régnerai en Espagne. »
Foi, culture et engagement chrétien
Au-delà des faits historiques, l’intervention invita à relire cet événement à la lumière de la spiritualité des Sacrés Cœurs, qui unit foi et vie, adoration et engagement.
Dans un monde en mutation et souvent sécularisé, le message du Père Mateo garde toute son actualité : que le Christ règne dans les familles, les institutions, les cultures et les cœurs.
« Sa proposition n’était ni politique ni idéologique », rappela le professeur, « mais un appel à se laisser transformer par l’amour de Dieu. » Le Cœur de Jésus, blessé et aimant, demeure pour la Congrégation le centre de la vie chrétienne : un amour qui se donne, répare et sert.
Ainsi, l’œuvre du Père Mateo continue d’inspirer la famille ss.cc., appelée aujourd’hui à maintenir vivante la flamme de l’amour réparateur, à promouvoir l’adoration, la réconciliation et le témoignage de la tendresse de Dieu dans le monde.
Un héritage toujours vivant
La conférence se conclut par une évocation de l’actualité du message du Père Mateo.
Plus d’un siècle après la consécration de l’Espagne, sa spiritualité demeure vivante dans des milliers de familles et de communautés qui placent encore aujourd’hui l’image du Sacré-Cœur au centre de leur foyer comme signe de confiance, d’unité et d’espérance.
Le professeur Dionisio souligna aussi le rôle joué par des religieux ss.cc. tels que le P. Calasanz Baradat et la duchesse de la Conquista dans la diffusion de cette œuvre en Espagne, et comment la collaboration entre prêtres, laïcs et évêques fit de l’intronisation un véritable mouvement ecclésial de renouveau spirituel.
« Le Père Mateo, conclut-il, fut un apôtre de feu, un témoin de l’Amour qui transforme et réconcilie. Sa vie nous rappelle que le Cœur de Jésus n’est pas une idée, mais une présence vivante qui cherche une place dans chaque cœur et dans chaque maison. »
15/11/2025