"Dans Jésus nous trouvons tout"

CONGRÉGATION DES SACRÉS CŒURS
de JÉSUS et de MARIE
Gouvernements généraux des Frères et Soeurs, Rome

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"L'écho d'un engagement : pour qui suis-je ?" María García Olloqui sscc (Espagne)

La devise de cette Journée de la vie consacrée n'est pas une affirmation de soi (« nous sommes ce que nous sommes »), mais une question qui murmure : « Pour qui suis-je ? ». Elle ne cherche pas à être un slogan accrocheur et attrayant ; c'est plutôt une question existentielle qui résonne comme un écho à l'intérieur. Sa force ne réside pas dans la réponse que nous pouvons y apporter, mais dans sa capacité à nous ramener à la recherche, à cette profondeur qui nous maintient éveillés et vivants. J'ai récemment commencé à lire le livre de Byung-Chul Han Sur Dieu : Penser avec Simone Weil, qui nous éclaire beaucoup sur cette question.

Avec cette devise, nous ne nous demandons pas quelle place nous occupons dans l'organigramme du monde, mais pour qui bat notre cœur. La question ne porte pas sur la fonction, mais sur le sens. Et le sens n'est pas quelque chose que l'on attrape ou que l'on contrôle ; c'est quelque chose que l'on reçoit, que l'on découvre et que l'on laisse jaillir, en nous situant à la fois dans nos racines et dans notre horizon.

Se demander « pour qui suis-je ? » revient à entrer dans le domaine de ce qui donne du souffle à l'existence. Ce n'est pas l'utilité de ce que nous produisons, mais la profondeur de ce que nous vivons. Byung-Chul Han parle de la manière dont le sens se déploie dans le temps, reliant ce que nous avons été à ce que nous sommes appelés à être. Aujourd'hui, la vie religieuse est appelée à embrasser sa propre blessure. Pendant longtemps, la tentation a été de se retrancher derrière les grandes institutions, derrière les murs de sécurité qui garantissaient la solvabilité des structures. Cependant, l'Esprit semble nous souffler aujourd'hui une vérité différente : la force ne réside pas dans le blindage, mais dans l'ouverture. Une vie religieuse blessée est une vie religieuse qui peut accompagner les autres à partir de l'horizontalité, et non à partir de la supériorité morale ou hiérarchique. Cela nous prépare à écouter, à donner et à recevoir, à apprendre et à nous compléter.

La « nudité » qui apparaît dans la Genèse n'est pas une simple diminution numérique ou un manque de ressources ; c'est, en substance, une capacité à entrer en relation avec Dieu. Lorsque nous acceptons notre fragilité, nous cessons d'être des « gestionnaires du sacré » pour devenir des blessés qui prennent soin d'autres blessés. Cette réciprocité transforme la mission: nous n'allons plus « vers » les autres pour leur enseigner quelque chose qu'ils n'ont pas, mais nous marchons « avec » eux pour découvrir ensemble le Trésor qui habite déjà le chemin.

Le sens, grâce à l'horizon qu'il offre, donne le courage d'aller là où les gens sont et vivent. Il n'attend pas dans son bureau et ne se réfugie pas dans le chœur ; il sort à l'air libre des questions actuelles. En particulier avec les jeunes, le défi n'est pas de leur offrir un catalogue de solutions toutes faites, mais d'avoir l'humilité de partager avec eux les questions vitales.

Sortir sur le chemin signifie reconnaître que l'Esprit souffle où il veut et que, souvent, les réponses les plus lumineuses naissent du dialogue avec ceux qui pensent différemment. C'est dans ce partage du doute, de la recherche de la justice et du désir de transcendance que le charisme prend tout son sens. Les accents charismatiques ne sont pas des drapeaux qui nous différencient, mais des épices qui donnent du goût à la table commune de l'humanité. Chaque congrégation, chaque communauté apporte une couleur, une note, une façon de voir qui enrichit le polyèdre de l'Église.

À l'origine, nous sommes des « créatures » : des êtres qui ont reçu la vie comme un cadeau. Accepter cela nous rend vulnérables, et pour embrasser cette vérité, nous devons nous dépouiller des couches de prestige que nous utilisons parfois comme armure face au vide. Le sens réel ne réside pas dans ce que nous montrons, mais dans le fait de nous placer sous un regard : celui d'un Dieu qui aime sans condition, celui de nos frères et sœurs et celui d'une humanité blessée avec laquelle nous partageons notre fragilité.

Lorsque nous regardons les témoins, ces hommes et ces femmes qui se sont usés au fil du temps, nous ne voyons pas des vies parfaites, mais des vies accomplies (ce que je ressens souvent lors des funérailles des sœurs aînées de ma congrégation). Une vie accomplie n'est pas une vie sans erreurs ni changements de cap ; c'est une vie qui a su écouter son temps et briser ses propres attentes pour se laisser surprendre par Dieu. Ce sont des personnes qui ont déployé leur existence dans un langage d'amour simple et fidèle.

À la fin du chemin, quand vient le moment des adieux, ce qui reste, ce n'est pas l'efficacité de la gestion, mais la qualité humaine. C'est cette chaleur de celui qui a su être « l'hôte » du mystère. La valeur d'une vie ne se mesure pas à ce qu'on voit, mais à sa capacité à générer la vie chez les autres, à prendre soin des silences et à accompagner les processus lents.

Curieusement, la question « pour qui suis-je ? » nous invite également à nous reposer. Un repos qui n'est pas une fuite, mais une confiance. C'est cesser de nous justifier devant le monde et permettre à la vie de reposer sur Celui qui la soutient. Dans une culture d'épuisement et de précipitation, la vie religieuse est appelée à être un signe de réconciliation.

Revenons à Byung-Chul Han : alors que le monde « dévore » l'information, nous sommes invités à « regarder ». Simone Weil disait que « l'attention est la forme la plus rare et la plus pure de générosité ».

Accorder toute son attention à quelqu'un, sans prétendre réussir, est un acte sacré. La vie religieuse n'offre pas de recettes, mais le courage de s'attarder sur des questions, même au milieu du silence. Cette question n'est jamais épuisée. Ne pas avoir de réponse définitive n'est pas un échec, c'est le signe que l'Esprit est toujours à l'œuvre. La Journée de la vie religieuse nous invite à faire une pause et à écouter cet écho : « Pour qui suis-je ? » Non pas pour nous définir une fois pour toutes, mais pour continuer à nous chercher dans la vulnérabilité et l'espoir. Car la vie vaut la peine d'être vécue lorsque nous vivons pour quelqu'un d'autre, en reconnaissant que l'espoir est tenu dans nos mains blessées.

02/02/2026